LES CHRÉTIENS SORCIERS
I. INTRODUCTION
Le propos de cet article est de mettre en évidence une certaine conception que jadis, les païens se faisaient du christianisme. Elle consiste à voir dans les chrétiens d'authentiques sorciers ou magiciens (1).
A première vue, cette vision des adeptes du Christ peut paraître biscornue. Mais regardons de plus près. Le christianisme est issu du judaïsme : à ses débuts, beaucoup d'éléments le rattachent encore à son berceau. Or, il ne faut pas être observateur attentif, ni malveillant peut-être, pour confondre, au premier abord, les anciens Juifs avec des sorciers.
L'ancêtre des Hébreux, Abraham, est originaire "d'Ur des Chaldéens" (Gen. 11, 31), nation renommée pour ses connaissances en astrologie, mais aussi en matière d'oracles et de magie. Il a séjourné en Egypte (ib. 12, 10), pays réputé pour ses prouesses magiques. A partir de lui, ses descendants se livrent souvent à des pratiques rappelant les sciences que nous venons d'évoquer.
C'est ainsi qu'Abraham lui-même, pour connaître la volonté divine, contemple d'abord les astres (ib. 15, 5-6), puis observe - ce qui est le propre de la science augurale - le comportement des oiseaux (ib., vv. 7-11), enfin se laisse instruire par un songe (ib., vv. 12-16). Son petit-fils Jacob, qui deviendra le type du peuple élu d'Israël, s'enrichit au dépens de Laban, en utilisant des baguettes placées dans des abreuvoirs (ib. 30, 37-43) (2). Moïse surpasse les magiciens d'Egypte en transformant, comme eux, un bâton en serpent, qui mange ceux de ses adversaires (Ex. 7, 8-13). Il emploie ce même bâton pour provoquer les plaies d'Egypte, et les magiciens imitent, apparemment avec succès, plusieurs de ses procédés (ib. v. 22, et 8, 7). Le roi Saül fait appel à une des nécromanciennes qui jadis foisonnaient en terre d'Israël (I-Sam. 28, 7-20). Le prophète Elie gagne un concours contre les prêtres de Baal en faisant descendre le feu du ciel (I-Rois 18, 21-40). Le prophète Elisée multiplie l'huile d'une veuve (II-Rois 4, 1-7), ainsi que du pain, pour en nourrir cent personnes (ib., vv. 42-44). Nous pourrions, nous aussi, multiplier ces exemples, tels que les rapporte l'Ancien Testament. On ne s'étonnera nullement de voir le Nouveau Testament mettre en scène un Juif tel qu'Elymas le magicien (Act. 13, 4-12), ou Simon, "qui pratiquait la magie" (ib. 8, 9).
Les premiers chrétiens étaient juifs. Ils exécutent, eux aussi, des tours de force apparemment magiques. Jésus commande aux démons (Mat. 8, 16-17 et passim) et aux éléments (ib., vv. 23-27), choses que prétendent faire les magiciens. Il marche sur l'eau (ib. 14, 22-33). En prononçant quelques mots, il dessèche un figuier (ib. 21, 18-22). Il multiplie des pains (Luc 9, 12-17). Il change de l'eau en vin (Jean 2, 1-12). Parmi ses disciples, Pierre, par de simples paroles, fait expirer d'abord Ananie, puis Saphire (Act. 5, 1-11). De la même manière, Paul frappe d'aveuglement le magicien Elymas (ib. 13, 9-11). Mordu par une vipère, le même apôtre n'en subit pas le moindre dommage (ib. 28, 1-6). Etc.
Répétons-le : il s'agit là d'opérations qui, vues du dehors, ressemblent à celles des magiciens. Y a-t-il une différence entre celles des Prophètes et des Apôtres d'une part, et celles des sorciers d'autre part? Et laquelle ? Nous reviendrons à cette question plus tard.
II. LES JUIFS SORCIERS
Comment les païens jugeaient-ils les Hébreux ? Celse ne les classe pas parmi les peuples les plus sages :
"Les peuples les plus inspirés dès l'origine furent les Chaldéens. (...) Le peuple d'Egypte aussi est très inspiré, et inspiré dès l'origine" (VI, 80) (3).
Cependant, Julien rappelle que les Patriarches sont "Chaldéens, et d'une race sainte et théurgique" (Gal. 354b), et il met l'accent sur "leur séjour comme étrangers en Egypte" (ib.). Il est donc naturel de supposer qu'eux et leurs descendants s'inspireront des doctrines de ces nations.
Voilà pourquoi Julien peut écrire sur Abraham :
"Il pratiquait une divination basée sur les étoiles filantes... Plus encore observait-il en augure les oiseaux." (ib. 356c)
"Voyez-vous comment la prédiction de l'ange qui lui est apparu (Gen. 15, 7), ou de Dieu, est confirmée par l'art augural ?... Selon l'Ecriture, c'est par le survol des oiseaux qu'Abraham trouva la confirmation de la promesse." (ib. 358 d-e).
Plus tard, selon Celse, le peuple des Hébreux fut "séduit et abusé par la sorcellerie de Moïse, et instruit en elle pour son malheur" (V, 41):
"Ils honorent les anges et s'adonnent à la magie à laquelle les initia Moïse." (I, 26)
"Ils ont tenté avec impudence de rattacher leur généalogie à une première génération de sorciers et de vagabonds, invoquant le témoignage de paroles obscures, équivoques, comme cachées dans l'ombre, qu'ils interprètent à tort devant les ignorants et les sots, et cela sans que jamais, au cours de la longue période qui précède, ce point fût mis en discussion." (IV, 33)
Aussi, les Juifs se rangent-ils parmi les hommes qui "tirent vanité des pouvoirs de la magie" (IV, 86). Ils rendent "un culte suprême à des êtres apparaissant, dit-on, je ne sais dans quelles ténèbres, à ceux qu'aveugle une magie suspecte ou qui voient en rêve des fantômes indistincts" (V, 6).
Celse propose alors "d'indiquer la manière dont se font les divinations en Phénicie et en Palestine" (VII, 9). Distinguant "plusieurs espèces de prophéties", il décrit celle qu'il présente comme "le type le plus achevé chez les hommes de cette région" (ib.) :
"Il en est beaucoup d'obscurs qui, avec la plus grande facilité et à la moindre occasion dans les temples et hors des temples, et d'autres qui, mendiant leur pain et parcourant les villes et les champs, s'agitent apparemment comme s'ils rendaient un oracle. A la bouche de chacun est la formule habituelle : Je suis Dieu, ou Fils de Dieu, ou Esprit divin. Et me voici. Car déjà le monde est perdu et vous, ô hommes, vous allez périr à cause de vos fautes. Mais moi je veux vous sauver. Et vous me verrez de nouveau revenir avec une puissance céleste. Heureux qui aujourd'hui m'a rendu un culte ! A tous les autres j'enverrai le feu éternel dans les villes et les campagnes. Et les hommes qui ne savent pas quels supplices les attendent se repentiront et gémiront en vain ; mais ceux qui ont été persuadés par moi, je les garderai pour l'éternité.
A ces outrecuidances, ils ajoutent aussitôt des termes inconnus, incohérents, totalement obscurs, dont aucun homme raisonnable ne saurait découvrir la signification tant ils sont dépourvus de clarté et de sens, mais qui fournissent en toute occasion à n'importe quel sot ou charlatan le prétexte de se les approprier dans le sens qu'il désire." (ib.)
Ce passage remarquable mérite une petite digression. Si l'on fait abstraction du ton délibérément irrévérencieux, il faut avouer que Celse résume fort bien la manière dont se présentent les prophètes ou, selon ses termes, les devins de l'Ancien Testament. Leurs oracles sont souvent obscurs. Ce qui a surtout frappé Celse, c'est l'emploi qu'ils font de la première personne : "Je suis Dieu, ou Fils de Dieu, etc.". Dans cette optique, on peut se demander en quoi consisterait la nouveauté du langage de Jésus. N'est-ce pas toujours le même Dieu qui parle par la bouche des Prophètes, de Jésus et des Apôtres ? (4)
III. JÉSUS ET SES DISCIPLES SORCIERS
Issu d'un peuple de sorciers, Jésus pouvait-il être, aux yeux de Celse, autre chose qu'un "misérable sorcier" (I, 71) ?
"Qu'est-il arrivé de nouveau qui puisse faire croire que ce n'était pas un sorcier, mais l'enfant de Dieu ?" (VIII, 41)
"Jésus fut obligé, par pauvreté, d'aller louer ses services en Egypte ; il y acquit l'expérience de certains pouvoirs magiques dont se targuent les Egyptiens ; il s'en revint, tout enorgueilli de ces pouvoirs, et grâce à eux, il se proclama Dieu." (I, 28)
"Tout ce qui est écrit des guérisons, de la résurrection, de quelques pains qui ont nourri la foule et dont il resta quantité de morceaux, et tout ce que les disciples, à grand renfort de merveilleux ont raconté d'autre, eh bien ! croyons que tu as accompli ces oeuvres. (Elles ressemblent) aux oeuvres des sorciers qui promettent d'accomplir des choses plus étonnantes encore, et aux exploits des disciples des Egyptiens, qui vendent au milieu des places publiques pour quelques oboles leurs secrets vénérables, chassent des hommes les démons, guérissent d'un souffle les maladies, évoquent les âmes des héros, exhibent des repas plantureux, des tables de friandises et de victuailles de toutes sortes en réalité inexistantes, font mouvoir comme vivant ce qui ne l'est pas vraiment mais ne paraît tel qu'à l'imagination. Faudra-t-il donc les croire fils de Dieu, ces faiseurs de tours, ou bien reconnaître là des pratiques d'hommes pervers et possédés de mauvais génies ?" (I, 68)
Après Celse, le chrétien Arnobe (vers 300) fait allusion à des païens qui décrivent le Christ comme "un magicien formé aux sortilèges égyptiens" (5). De même, saint Jérôme évoque ceux qui veulent "assimiler la puissance du Seigneur aux prestiges des mages" (6). Enfin, saint Augustin voit "nos contradicteurs païens comparer, ou même préférer au Christ Apollonius, Apulée et d'autres habiles magiciens" (7).
Dans la foulée de leur maître, les disciples étaient tenus à exercer les mêmes pouvoirs. Pour Julien, saint Paul "surpasse tous les sorciers et imposteurs de tout lieu et de tout temps" (Gal. 100a). Saint Augustin nous apprend qu'en milieu païen, "on racontait que le succès du christianisme n'était dû qu'aux sortilèges dont saint Pierre s'était servi" (8).
IV. LES CHRÉTIENS SORCIERS
Qu'en est-il pour les chrétiens des premiers siècles ? Ont-ils imité les prodiges de Jésus et des Apôtres, s'exposant ainsi aux mêmes accusations ? Ou ont-ils réfuté celles-ci en s'abstenant de ceux-là ?
Trois écrivains latins du IIe siècle semblent s'être donné le mot. Suétone donne des chrétiens la définition encyclopédique suivante : "sorte de gens adonnés à une superstition nouvelle et malfaisante" (9).
L'historien Tacite écrit :
"L'exécrable superstition, réprimée un instant, faisait irruption de nouveau, non seulement en Judée où le mal avait pris naissance, mais jusque dans Rome où tout ce que l'univers produit d'atrocités et d'infamies afflue et trouve des adeptes." (10)
Son ami Pline qui, en sa qualité de gouverneur de Bithynie, avait enquêté sur les chrétiens, dit :
"Je n'ai rien trouvé qu'une superstition absurde, extravagante." (11)
Les mots ne sont pas choisis au hasard. Selon la définition de Cicéron, la "superstitio" implique "une vaine crainte des dieux" (12). Or, il est tout à fait vrai que les chrétiens abhorraient les dieux païens. Plus tard, Julien taxera lui aussi la nouvelle religion de superstition, en grec deisidaimonia (Lettres, XXXXVII, 435a), mot qui signifie littéralement : "crainte des démons", c'est-à-dire des divinités du paganisme. Ailleurs, il justifie sa vision :
"Car le comble de la théologie chez ces gens consiste en ces deux choses : siffler devant les démons et tracer la croix sur leur front." (Ib. XIX)
Pour les païens, en effet, la crainte soudaine qu'inspiraient leurs dieux ancestraux aux nouveaux convertis, devait sembler bien vaine.
L'interprétation selon laquelle le christianisme ne serait qu'une superstition, ne contredit pas nécessairement celle qui, en outre, la juge "malefica" (malfaisante). L'adjectif employé par Suétone s'applique en particulier au magicien, à l'enchanteur. Pierre de Labriolle écrit à ce propos :
"Le mot traîne après soi les vieilles terreurs latines à l'égard des pratiques occultes qui, selon l'opinion commune, pouvaient corrompre le sort des moissons, gâter les santés florissantes, assujettir toute vie humaine aux puissances invisibles déchaînées par certains actes associés à certaines formules. Jusqu'aux derniers temps de l'Empire vivra dans les âmes la peur de cet art terrifiant, de ses incantations, de ses envoûtements, de ses breuvages, de ses philtres." (13)
Toujours au IIe siècle, les accusations formulées par Celse à l'égard des chrétiens sont plus nettes :
"Ils font eux aussi profession de quelque sorcellerie magique, et c'est là pour eux le comble de la sagesse." (VI, 38)
"Pratiquant la magie et la sorcellerie, et invoquant les noms barbares de certains démons, ces gens font la même chose que ceux qui font des prestiges en invoquant les mêmes démons devant ceux qui ignorent que les noms des démons sont différents chez les Grecs et les Scythes." (Ib. 39)
"Qu'ai-je besoin d'énumérer ici tous ceux qui ont enseigné des rites de purification, des incantations libératrices, des formules ou des bruits de conjuration, des effigies de démons, tous les genres de remèdes tirés des étoffes, des nombres, des pierres, des plantes, des racines, bref d'objets de toute sorte." (Ib.)
"(J'ai) ouï dire à un certain Denys d'Egypte, musicien, que les pratiques de la magie n'ont de pouvoir que sur les gens sans culture et aux moeurs corrompues, mais restent sans effet sur les philosophes parce qu'ils ont à coeur de mener une vie saine." (Ib. 41)
"(J'ai) vu chez certains prêtres (chrétiens) des livres contenant des noms barbares de démons et des formules magiques." (Ib. 40)
Il semble encore traiter les chrétiens "de Circé et d'agitateurs rusés" (V, 63), Circé étant le type même de la magicienne, et il leur conseille de "fuir les imposteurs et les sorciers qui évoquent des fantômes" (VII, 36). Car les chrétiens, dit-il encore, ressemblent "aux mystagogues des initiations bachiques évoquant spectres et fantômes" (IV, 10), et les gens qu'ils abusent ainsi se laissent comparer "à ceux qui croient sans raison aux prêtres mendiants de Cybèle et aux devins, aux dévots de Mithra et de Sabazios, à tout ce qu'on peut rencontrer, apparitions d'Hécate, d'un autre ou d'autres démons" (I, 9) :
"Car de même que souvent parmi eux des hommes pervers prennent avantage de l'ignorance de gens faciles à tromper et les mènent à leur guise, ainsi en va-t-il des chrétiens." (Ib.)
Ces évocations auraient comme but d'acquérir ou d'exercer des pouvoirs :
"Les chrétiens paraissent exercer un pouvoir par les invocations des noms de certains démons." (I, 6)
Même reproche chez Julien :
"L'objet de vos préoccupations, ce sont les parts des pouvoirs qu'on peut, sans se tromper, appeler démoniaques." (Gal. 224e)
Un passage chez Zosime illustre à merveille cette façon d'opérer imputée aux chrétiens. L'empereur Constantin, sous l'influence d'un Egyptien de sa cour, vient de se convertir à la nouvelle religion :
"Quand arriva la fête traditionnelle où l'armée était tenue à monter au Capitole et à accomplir les rites (païens), Constantin, par crainte des soldats, participa à la fête. Mais l'Egyptien lui envoya une apparition qui blâma sans réserve la montée au Capitole. Il s'éloigna donc de la cérémonie sacrée, suscitant ainsi la haine du Sénat et du peuple." (II, 29, 5)
En général, les prêtres chrétiens de l'Egypte, et en particulier ceux d'Alexandrie, se révèlent peu "orthodoxes". C'est du moins ce que laisse entendre une lettre d'Hadrien, Empereur du IIe siècle :
"L'Egypte dont tu me chantais les louanges, mon cher Servanius, m'est apparue comme une nation pleine de légèreté et de versatilité, virevoltant au gré de toutes les impulsions de la rumeur publique. Là-bas, ceux qui adorent Sérapis sont des chrétiens et ceux qui se prétendent évêques du Christ sont des fidèles de Sérapis ; là-bas, il n'y a pas un chef de synagogue juive, pas un Samaritain, pas un prêtre chrétien qui ne soit astrologue, haruspice ou guérisseur." (14)
Même les plus illustres parmi les chrétiens ne semblent pas avoir échappé à la contagion générale. Saint Athanase en personne, d'après le récit d'Ammien Marcellin, y aurait succombé :
"Athanase, en ce temps évêque d'Alexandrie, s'emportait au-delà des bornes de sa profession : il avait essayé d'enquêter sur des affaires étrangères, ainsi que l'avaient révélé des rumeurs persistantes. On réunit en un lieu une nombreuse assemblée (on lui donne le nom de "synode"), et on lui enleva le saint ministère qu'il occupait. En effet, on racontait que, expert très savant dans la signification des sorts des devins ou dans les présages des oiseaux auguraux, il avait parfois prédit l'avenir. Outre ces charges, on l'accusait aussi d'autres pratiques qui répugnaient à l'intention de la loi à laquelle il présidait." (XV, 7, 7-8)
Tous ces témoignages, si accablants et si concordants, ne seraient-ils rien d'autre qu'un tissu de mensonges ?
V. INCANTATIONS CHRÉTIENNES
Cédons la parole à Origène, le plus savant des docteurs de l'Eglise, pour qu'au nom des chrétiens, il donne la réplique formulée dans son ouvrage Contre Celse.
Notons d'abord qu'Origène accorde à Celse "que le soleil, la lune, les étoiles prédisent d'avance les pluies, les chaleurs, les nuées, les tonnerres" (V, 12). Il reconnaît l'efficacité de la science des augures (IV, 92-93), ainsi que celle de la magie (VIII, 61). Il affirme notamment :
"Les noms naturellement efficaces dans une langue déterminée perdent, par leur traduction dans une autre langue, l'effet qu'ils avaient dans leurs sonorités particulières." (V, 45)
Il nous semble important de souligner ces concessions faites par Origène, comme d'ailleurs par d'autres Pères de l'Eglise. Nous sommes au temps où, contrairement à nos jours, science superstitieuse n'est pas synonyme de science inefficace. Pour les Anciens, païens et chrétiens, les démons intervenaient, réellement, dans la plupart des activités humaines. Ajoutons vite que pour Origène, ce n'est pas une raison pour "adorer" les astres (V, 12).
Pourtant, la magie ne fonctionne pas seulement par l'usage de formules étrangères au judéo-christianisme. Selon Origène, les noms des Patriarches, par exemple, ont une puissance incantatoire très réelle:
"Leurs noms ont un tel pouvoir, quand ils sont joints à l'appellation de Dieu, que non seulement les gens de cette nation (juive), dans les prières adressées à Dieu et dans les exorcismes contre les démons, usent de la formule "Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob", mais encore presque tous ceux qui se livrent aux pratiques d'incantation et de magie. Car dans les livres de magie, on trouve souvent cette invocation de Dieu et cet emploi du nom de Dieu, conjoint aux noms de ces hommes dans les exorcismes. (...) On obtient par leur invocation des effets non négligeables." (IV, 33-34)
La raison de cette efficacité est simple :
"Si, dans une invocation ou un serment, on nomme "le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob", la formule produit son effet, soit par la qualité naturelle de ces noms, soit par leur puissance. Car les démons sont vaincus et dominés par celui qui prononce ces noms." (V, 45)
Lier et conjurer les démons en prononçant certains mots : le procédé expliqué par Origène répond bien à celui de la magie. Autre exemple cité par le même docteur :
"Mais en fait, "le Dieu d'Israël, le Dieu des Hébreux, le Dieu qui a précipité dans la mer Rouge le roi d'Egypte et les Egyptiens" sont des formules souvent employées pour lutter contre les démons ou certaines puissances perverses." (IV, 34)
Et encore :
"La formule "au nom de Jésus", prononcée par les authentiques croyants, a guéri maintes personnes de maladies, de possessions diaboliques et d'autres afflictions.
Et il est bien probable que nous ferons rire un partisan de Celse en disant : "Au nom de Jésus tout genou fléchira au ciel, sur terre, aux enfers, et toute langue est tenue de confesser que Jésus-Christ est Seigneur pour la gloire de Dieu le Père" (Phil. 2, 10-11). Mais ce rire ne peut empêcher notre invocation d'avoir des preuves de son efficacité..." (VIII, 58-59)
Mais peu importe que celui qui prononce les noms soit un "authentique croyant" ou un vilain sorcier :
"Car il était possible... de faire au nom de Jésus des prodiges apparemment voisins de ceux de ses authentiques disciples." (II, 49)
"Mais telle est la puissance du nom de Jésus contre les démons que parfois, même prononcé par des méchants, il réalise son effet. Voilà ce qu'enseignait Jésus en disant : "Beaucoup me diront en ce jour-là : par ton nom nous avons chassé les démons et fait des miracles." (Matt. 7, 22) (I, 6)
"On dira la même chose du mot Sabaoth, fréquemment employé dans les incantations. A traduire ce nom : Seigneur des puissances, Seigneur des Armées, Tout-Puissant - car ses traducteurs lui donnent différentes acceptions -, l'effet en sera nul ; alors que si on lui garde sa sonorité propre, on obtiendra de l'effet, au dire des spécialistes." (V, 45) (15)
Saint Augustin reconnaît lui aussi que "ceux qui usent d'amulettes et d'autres artifices mêlent à leurs incantations le nom du Christ." (16)
Toutes ces citations invitent à la réflexion. Car selon les idées courantes en milieu chrétien, la magie est essentiellement satanique et démoniaque. Pourtant, il suffirait d'invoquer les Patriarches, le Dieu Sabaoth, le Christ ou Jésus, pour obtenir des résultats, et cela même sans qu'on soit nécessairement vrai disciple ou croyant. Or, pour Origène et saint Augustin, il s'agit bien là d'incantations magiques. Les fidèles qui invoquent le Nom du Seigneur seraient-ils donc, eux aussi, magiciens à leur insu ? Il y a là, à première vue, un problème épineux pour ceux qui cherchent absolument à se différencier des sorciers.
VI. SORCELLERIE CHRÉTIENNE DÉGÉNÉRÉE
En comparant les miracles de Notre-Seigneur à ceux que suscitent les satanés sorciers, Celse continue à nous mettre le couteau sous la gorge:
"C'est par la magie qu'il (le Sauveur) a pu faire les miracles qu'il parut accomplir ; et prévoyant que d'autres, au courant des mêmes secrets, allaient faire la même chose en se vantant de le faire par la puissance de Dieu, Jésus les chassa de sa société (17).
S'il a le droit de les chasser, alors, coupable des mêmes fautes, il est lui-même un vilain personnage ; ou si lui-même n'est pas vilain de les avoir faites, ceux qui agissent comme lui ne le sont pas non plus." (I, 6)
"O lumière et vérité ! De sa propre voix il annonce ouvertement, même vos écrits l'attestent, que d'autres encore viendraient à vous, usant de pareils miracles, des méchants et des sorciers. Et il nomme un certain Satan, habile à contrefaire ces prodiges. Par conséquent, et il ne le nie pas lui-même : ces choses n'ont rien de divin, mais ce sont les oeuvres des méchants. Sous la contrainte de la vérité, il a en même temps démasqué la conduite des autres et confondu la sienne.
Dans ce cas, n'est-ce pas un argument misérable de conclure des mêmes oeuvres à la divinité de l'un et à la sorcellerie des autres ? Pourquoi donc, d'après ces oeuvres, faut-il croire à leur méchanceté plutôt qu'à la sienne sur son propre témoignage ? Elles sont en fait, et lui-même en convint, des signes distinctifs non d'une nature divine, mais de gens trompeurs et fort méchants." (II, 49)
"Il prédit en effet que Satan, apparu à son tour comme lui, fera étalage de grands miracles et de prodiges, s'attribuant la gloire de Dieu; qu'il ne faut pas s'en repaître et se détourner vers leur auteur ; il ne faut croire qu'en lui-même.
Voilà bien des prétentions qui sont manifestement d'un sorcier en quête de faveur et cherchant à se prémunir contre des rivaux qui veulent la lui disputer." (VI, 42)
En un mot, le "démon adversaire" n'est qu'un "sorcier rival" (ib.).
Il y a de quoi être scandalisé par ces propos. Pourtant, la question que soulève Celse est pertinente : comment distinguer entre les miracles de Notre-Seigneur et les prodiges des abominables sorciers ? Certes, on peut se contenter de répondre, en reprenant les termes de Celse, que Jésus agissait "par la puissance de Dieu", et que Satan et ses acolytes ne sont habiles qu'à "contrefaire ces prodiges". Mais la question subsisterait : en quoi consiste la contrefaçon ?
Il est intéressant de remarquer ici que l'Empereur Julien, qui avait reçu une éducation chrétienne et connaissait donc bien les chrétiens, accuse ces derniers de pratiquer une forme dégénérée de sorcellerie. A propos de la divination pratiquée par Abraham, il leur dit :
"Cette divination ne s'accomplit pas, comme cela se fait chez vous, à partir d'une chose secondaire (18)..." (Gal. 358d)
Même distinction à propos des songes :
"Pourquoi tournez-vous autour des tombeaux ? Voulez-vous en apprendre la raison ? Ce n'est pas moi qui vous le dirai, mais le prophète Isaïe : "Ils s'endorment dans les tombeaux et dans les grottes en vue de songes." (Is. 65, 4)
Vous remarquerez combien ancienne est cette oeuvre de sorcellerie pratiquée par les Juifs, je veux dire celle de s'endormir dans les tombeaux pour avoir des songes. Voilà ce que vraisemblablement vos apôtres ont pratiqué après la mort de leur maître, et ce que depuis le commencement, ils vous ont transmis, je veux dire aux premiers chrétiens. Et vraisemblablement, ils pratiquaient la sorcellerie avec plus de savoir-faire que vous, avant de montrer publiquement à leurs successeurs les endroits où l'on pratique cette abominable forme de sorcellerie." (Gal. 339e-340a)
Pour Julien, il existe donc une forme de sorcellerie et de divination plus accomplie. Nous sommes presque forcés de l'admettre, si nous voulons éviter à Abraham, à Jésus, aux Apôtres, d'être pris pour des "apprentis sorciers".
Par contre, que dire à la décharge des chrétiens qui leur ont succédé ? Celse met en évidence une chose troublante : Jésus (en bon devin) avait prévu et annoncé que les rangs de sa petite communauté seraient grossis par "d'autres" ; ceux-ci "allaient faire la même chose", agiraient "comme lui", useraient "de pareils miracles". Or, nous l'avons vu, les païens attestent que nombre de chrétiens des premiers siècles se sont effectivement occupés de sorcellerie, et parmi eux pas des moindres. Vouloir camoufler ou nier la chose, reviendrait à qualifier la prophétie de Jésus de maladroite et de fausse.
A la véritable école chrétienne se seraient donc substitués des imposteurs ?
Rassurons quelque peu les inquiets. Selon Origène, la divination (même s'il ne s'agit sans doute que d'une contrefaçon de la véritable oeuvre divine) n'est pas par définition le fait d'hommes méchants :
"Il faut savoir que la prévision de l'avenir n'est pas nécessairement divine : elle est de soi chose indifférente qui échoit aux méchants et aux bons." (IV, 96)
Le danger pour l'homme, explique Origène, consiste à se fier trop à ce genre de sciences et d'en oublier Dieu, car le but des démons est "de rabaisser son esprit du ciel et de Dieu vers la terre et plus bas encore" (IV, 97). Cela ne vaut-il pas pour toute connaissance humaine ? Une confiance excessive dans la médecine des hommes a-t-elle jamais ramené quelqu'un à Dieu ? Tout ici-bas étant soumis au Prince de ce Monde, peut-on légitimement se prévaloir d'avoir échappé à son pouvoir tant qu'on ne connaît pas la volonté divine et qu'on ne sait comment s'y conformer ? Faire ou ne pas faire de la divination, cela nous rend-il meilleurs, ou pires ? Ces questions méritent d'être posées.
VII. LA VRAIE MAGIE CHRÉTIENNE
Disons-le tout haut : tant que nous jugeons des miracles effectués par Notre-Seigneur d'après nos sens déchus (et nous avons tous des sens déchus), il nous est impossible d'y voir, avec Celse, autre chose que des faits qui "n'ont rien de divin" et qui ne relèvent aucunement "d'une nature divine" (qeiaj fusewj)" (II, 49). Dans la même optique, il nous est difficile de voir en Abraham, observant les oiseaux, quelqu'un qui ne pratique pas la science augurale. Et nous ne comprenons pas davantage la parole de Jésus : "Observez les oiseaux du ciel" (Matt. 6, 26).
Cependant, le savant saint Jérôme nous invite à pratiquer la science oraculaire et divinatoire des rois MAGES :
"Ceux qui ont offert des dons au Seigneur, reçoivent aussitôt une réponse (responsum). Or, la réponse - en grec, on dit crhmatisqentej, "ayant reçu un oracle" - ne se fait pas par un ange, mais par le Seigneur en personne..." (19)
Les rois mages, dit encore Jérôme, étaient instruits par vaticination (20). L'authentique magie chrétienne se pratiquerait-elle au mont Vatican ?
Revenons à Origène qui nous expliquera de quelle nature est cette rencontre avec Notre-Seigneur :
"Est-ce que des méchants démons feraient des miracles par sorcellerie, sans que la nature divine et bienheureuse (thj qeiaj kai makariaj fusewj) en accomplisse aucun ? (...)
Admet-on l'existence de la magie et de la sorcellerie exercée par les méchants démons, charmés par des incantations spéciales et dociles aux invitations des sorciers ? Il s'ensuit que doivent exister parmi les hommes les effets de la puissance divine... Qui donc, au service des démons, obtient de tels effets au moyen de pratiques incantatoires et magiques ? Qui au contraire, après s'être uni à Dieu, dans un lieu saint et pur, par son âme, son esprit et je crois aussi par son corps, et avoir reçu un esprit divin, accomplit de tels actes pour faire du bien aux hommes et les exhorter à croire au vrai Dieu ?" (II, 51)
La véritable thaumaturgie repose donc sur une union avec la Nature divine, en corps, âme et esprit. On peut refuser à l'homme ainsi divinisé le titre de magicien ou de sorcier. Mais une telle discussion ne sert-elle pas souvent à camoufler une pénible vérité, à savoir que les personnes évoquées ici par Origène ne courent pas la rue ?
VIII. MAIS OU SONT LES MAGES D'ANTAN ?
Laissons de côté ici la question de savoir si les chrétiens, ou certains d'entre eux, pratiquaient une forme noble de magie ou non. Demandons-nous ce que sont devenus leurs pouvoirs avec le temps. Un ancien auteur chrétien anonyme du IVe ou Ve siècle note avec quelque inquiétude, à propos des talismans protecteurs dont on faisait remonter l'origine au païen Apollonius (Ier siècle) :
"N'y a-t-il pas quelque chose d'inquiétant pour les fidèles à constater la persistance de leur efficacité, alors que les miracles opérés par le Sauveur ne se survivent que dans les récits qui nous en sont venus ?" (21)
Il y a là comme un reproche à l'adresse des chrétiens incapables de produire des miracles comparables à ceux de Notre-Seigneur. Au IIIe siècle, Cyprien de Carthage semblait encore confiant dans les pouvoirs du chrétien "moyen" :
"Tels sont les privilèges que reçoit l'âme chrétienne... : de pouvoir guérir les maladies corporelles, arrêter la violence des poisons, rendre la santé spirituelle à ceux qui l'ont perdue, calmer les emportements, triompher des humeurs les plus intraitables, et des inclinations les plus malfaisantes... Elle peut se faire obéir des esprits impurs, les contraindre par des menaces sévères à nous faire les aveux que nous en exigeons, à se retirer des corps dont ils se sont emparés, les châtier par le fouet, par le feu..." (22)
Tertullien, au même siècle, parlait lui aussi sans complexe :
"Qu'on fasse venir devant vos tribunaux un homme reconnu pour être possédé du démon ; qu'un chrétien, quel qu'il soit, n'importe, commande à cet esprit de parler, il avouera qu'il est véritablement démon..." (23)
Mais leur contemporain Origène est déjà plus pessimiste :
"Que de grandeurs dans le passé ! La mer Rouge traversée à pied sec, la manne envoyée du ciel, les sources jaillies dans le désert, la Loi donnée par Moïse, des signes et des prodiges innombrables accomplis dans le désert ! (...)
Cependant le peuple est conduit par les prêtres et il poursuit sa route vers la Terre de la promesse sous le magistère des prêtres. Qui aujourd'hui parmi les prêtres pourrait prétendre à être inscrit dans leurs rangs ? S'il en existe un, les flots du Jourdain reculeront devant lui et les éléments mêmes auront pour lui une crainte respectueuse ; une partie des eaux du fleuve rebondira en arrière et s'arrêtera derrière lui, l'autre, d'une fuite rapide, s'écoulera dans la mer Salée." (24)
Que faudrait-il dire alors sur les fidèles contemporains ? Qu'est devenue aujourd'hui cette magnifique parole de Jésus : "En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi, fera lui aussi les oeuvres que je fais, et il en fera de plus grandes" (Jean 14, 12) ?
Qui aujourd'hui croit encore en la Toute-Puissance du NOM ?
A. Lynxe
NOTES
(1)Un sorcier est proprement un "diseur de sorts", quelqu'un qui fait des "sorti-lèges". Dans notre étude, nous prendrons ce mot en un sens très large : devin, augure, astrologue, magicien, thaumaturge, etc. Le grec gohj peut désigner le sorcier ou le magicien.
(2)Saint Augustin compare ce procédé à celui adopté par les démons (Cité de Dieu, XVIII, 5). On peut dire que Jacob fait emploi de baguettes magiques.
(3)Les citations de Celse et d'Origène, dans cet article, sont tirées du Contre Celse, paru dans les "Sources Chrétiennes", avec une traduction (que nous avons parfois légèrement adaptée) de Marcel Borret.
(4)Les prophètes, les hommes de Dieu de l'Ancien Testament parlent souvent à la première personne, généralement après avoir dit : "Ainsi parle le Seigneur." Mais parfois le Seigneur lui-même omet de recommander d'ajouter cette phrase (cfr Ex 8, 1 ; 20, 22; etc.) Dans les Septante, traduction grecque de l'Ancien Testament, faite par des Juifs, Moïse est appelé paij kuriou, "enfant, fils du Seigneur" (Jos. 1, 13), ainsi que paij tou qeou, "enfant, fils de Dieu" (ib. 14, 7). Selon les Pères de l'Eglise, c'est bien Notre-Seigneur, le Verbe, le Fils de Dieu, qui parle par la bouche des prophètes. Saint Paul dit : "Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi." (Gal. 2, 20)
(5)Cfr Pierre de Labriolle, La Réaction païenne, L'Artisan du Livre, Paris, 1950, p. 304, n° 2.
(6)Cfr de Labriolle, op. cit., p. 455.
(7)Cfr ibid.
(8)Cfr de Labriolle, op. cit., p. 447.
(9)Suétone, Vie de Néron, XVI ; cité par de Labriolle, op. cit., p. 43.
(10)Tacite, Annales, XV, 44 ; cité par de Labriolle, op. cit., p. 38.
(11)Pline, Lettres, X, 96 ; cité par de Labriolle, op. cit., p. 33.
(12)Cfr Cicéron, De natura deorum, I, 117.
(13)De Labriolle, op. cit., p. 45.
(14)Histoire Auguste, Robert Laffont, Paris, 1994, trad. André Chastagnol, p. 1123 (H.A. XXIX, 8, 1-3).
(15)Serait-il malveillant de supposer que, pour éviter toute confusion entre prière et magie, l'Eglise a supprimé, dans le "Sanctus" la formule "Dominus Deus Sabaoth", pour la remplacer par "Dieu de l'Univers" ? Selon Origène, l'efficacité de la prière en serait fortement compromise...
(16)Cfr de Labriolle, op. cit., p. 448.
(17)Cfr Matt. 7, 22-23 : "Plusieurs me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n'est-ce pas en votre nom que nous avons prophétisé ? n'est-ce pas en votre nom que nous avons chassé les démons ? et n'avons-nous pas, en votre nom, fait beaucoup de miracles ? Alors je leur dirai hautement : Je ne vous ai jamais connus. Retirez-vous de moi, ouvriers d'iniquité" (trad. Crampon). Cette prophétie a de quoi glacer le sang !
(18)En grec : ek parergou, "à partir d'une chose accessoire, superficielle".
(19)Saint Jérôme, Comm. sur saint Matt., éd. du Cerf (Sources Chrétiennes), II, 12, p. 84.
(20)Cfr op. cit., II, 2, p. 82 : "vaticinio noverant".
(21)Cfr de Labriolle, op. cit., p. 456.
(22)Extrait cité dans F.A. n°s 46-47, p. 192.
(23)Ibid.
(24)Origène, Hom. sur Josué, éd. du Cerf (Sources Chrétiennes), trad. d'Annie Jaubert, IV, 2, pp. 151-153. Annie Jaubert fait une tentative désespérée pour sauver la face de nos prêtres contemporains, en précisant dans une note : "Dans maint autre passage Origène déplore l'affadissement du clergé de son temps."